Mots clefs en musique : Progression

Escaliers, ciel bleu et rayons de soleil

Progression ou perfection ?

 

Il arrive à plusieurs d’entre nous de nous retrouver dans une situation où notre désir d’atteindre la perfection empêche toute initiative, nuit à nos élans créatifs ou autres. Nous plaçons la barre tellement haute en fonction de nos attentes que nous finissons par ne plus rien faire. Face au geste à poser, nous commençons à tout analyser, puis, face à la multitude des possibilités, nous devenons paralysés. « L’analyse qui paralyse.» Il existe un antidote à la recherche de la perfection : la progression.

 

En vérité, concentrer son intention et son attention sur l’avancement permet de réduire considérablement la pression et de soulager la charge émotionnelle presque instantanément. La perfection n’offre aucune place à l’erreur, tandis que la progression l’inclut d’emblée, l’accepte et l’utilise comme outil d’apprentissage.

 

Viser la progression, c’est accepter la distance qui sépare nos habiletés, notre situation du moment et ce vers quoi on tend. S’engager dans une progression signifie accepter les détours et les obstacles inhérents au chemin, ainsi que les distractions et les défis que l’on rencontre. Choisir la progression, c’est se donner de l’espace pour essayer ; emprunter des embranchements inédits sur notre parcours ; débusquer des perles à des endroits inattendus. Choisir la progression, c’est créer un contexte favorable à un processus créatif (ou à tout autre processus). Comment manifester cette philosophie de progression?

Plusieurs éléments y contribuent, soit l’habitude, la gradation et la passion.

 

Tout d’abord, c’est une habitude. Il est nécessaire de développer des habitudes qui soutiennent la philosophie de la progression. Considérons d’abord le cas d’une personne qui veut courir un Ultra-Trail de 45 km en montagne avec un dénivelé positif de plus de 2 000 m. Cette personne ne pourra pas y arriver si elle ne s’entraîne pas régulièrement. L’habitude, dans son cas, sera de choisir 3 ou 4 journées par semaine pour s’entraîner. Deuxième exemple : une musicienne de jazz qui souhaite jouer Giant Steps de John Coltrane dans toutes les tonalités. Pour atteindre son objectif, elle devra élaborer un programme d’entraînement couvrant toutes les tonalités. Elle peut, par exemple, modifier le point central d’un demi-ton à chaque séance.

 

La progression implique également la gradation : de facile à difficile.  Contrairement à la perfection, qui est inatteignable, la progression favorise l’évolution. Elle admet et accepte l’erreur. Ainsi, pour progresser, on commence par des tâches/gestes/pièces plus simples.  Il y aura inévitablement des « erreurs » de parcours. Ça fait partie de la game. En musique, ces « erreurs » peuvent même se transformer en tremplins vers de nouvelles compositions. Personnellement, j’ai découvert énormément de nouvelles musiques lorsque mes doigts n’ont pas obéi à ma volonté de perfection ; des accidents heureux. De plus, arriver à exécuter facilement et régulièrement un passage musical contribuera à établir une confiance en ses habiletés. Cela permettra de relever des défis qui semblaient insurmontables auparavant, entraînant ainsi un cercle vertueux !

 

Puis, il y a la passion. Celle-ci est source d’inspiration ; elle insuffle au geste une substance que l’intellect seul ne peut ajouter. Il est donc important de choisir un répertoire de pratique qui nous plaît, des gammes et des arpèges qui nous font vibrer, ainsi que des parcours d’entraînement qui nous enivrent. En choisissant avec soin son répertoire, ses exercices, non pas en fonction des modes, mais en fonction de nos préférences, on sera beaucoup plus motivé.e à pratiquer, à essayer. Je l’ai appris à la dure au début de ma période d’apprentissage du jazz. Au départ, je ne faisais des séances qu’avec ce qui « devait être pratiqué. » Les résultats prenaient beaucoup de temps avant de se manifester et n’étaient franchement pas très satisfaisants. Dès lors que j’ai commencé à choisir un répertoire, des exercices et repiquages qui me faisaient tripper, j’ai appris beaucoup plus vite; les nouvelles notions s’intégraient à vitesse grand V. J’ai pu constater un effet similaire chez mes élèves. Initialement, je leur faisais prendre un chemin convenu, tel que je l’avais fait. Dès que j’ai compris ce qui marchait mieux pour moi, j’ai adapté ma façon d’enseigner et les résultats ont été tout simplement époustouflants.

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