Avril 1986. À Tchernobyl, en Ukraine, un réacteur explose au cœur de la nuit.
Une lueur bleue flotte dans le ciel. Des pompiers touchent du graphite à mains nues. Des autobus emportent une ville entière en quelques heures. Des forêts rougissent. Du lait empoisonné coule dans les biberons. Des enfants naissent autrement. Et des voix, des centaines de voix, qu'une femme nommée Svetlana Alexievitch va recueillir pendant dix ans.
L'une de ces voix est celle d'un garçon de huit ans, dans une chambre d'hôpital.
La voici.
Dans ma chambre y’a des étoiles,
une ville fortifiée
des soldats qui montent la garde
et ma doudou, mon bouclier.
Le matin première visite
mes amis reviennent me voir.
Je sens leurs yeux qui hésitent
quand ils disent le mot «espoir»
Après dîner je navigue
parmi les constellations.
J’imagine un plan secret
pour y construire ma maison.
Papa est venu tantôt.
La voix pleine de remous
Il retenait les rivières
de déborder sur ses joues.
Tout le monde ‘sait pas que je sais
que je vais bientôt partir.
Ils ne peuvent pas se douter que
la nuit j’apprends à voler.